Bujumbura: Héritage incertain dans les foyers polygames

Désiré Nimubona

Dieudonné Malekera

Méconnue par l’Etat mais reconnue par la religion et la tradition musulmane, la polygamie accentue les conflits fonciers à Bujumbura. L’espace de cette ville ne sait contenir la forte explosion démographique. Difficile d’occulter ce phénomène social …

« Je  suis la deuxième femme d’un homme  qui m’a abandonnée avec trois enfants sur les bras. La belle famille me considère comme une intruse encombrante dans la parcelle et la justice me traite de simple concubine » se plaint Aisha*.

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Cette jeune femme de Buyenzi, la plus islamisée de treize communes de Bujumbura la capitale du Burundi, cure des casseroles noircies par le bois de chauffe.

Non loin de là, une sexagénaire soulève sa burqa noire sur un visage triste. « Nous avons vendu la grande parcelle sur la route principale et en avons acheté trois à des endroits moins accessibles pour mon propre fils, pour l’enfant de la seconde femme de feu mon époux et  pour  moi-même »  explique-t-elle. « La communauté n’a pas bien apprécié cette initiative ».

Les tribunaux débordés

« Plus de 80 % de conflits fonciers en cours dans ma juridiction sont liés à la polygamie », affirme Jean Nigane, le juge-président du tribunal de résidence de Buyenzi.

« La loi ne reconnaît que le droit d’héritage au conjoint  inscrit à l’état-civil, aux enfants légitimes et ceux naturels nés hors mariage mais reconnus par le défunt de son vivant » souligne Nigane, le juge-président à Buyenzi. Nigane admet encore que les arrangements privés peuvent passer s’ils ne sont pas contestés par les parties en présence et souligne la laïcité de l’Etat burundais.

« Le coran autorise la polygamie et en réglemente les problèmes de succession », déclare El Hadj Haruna

Nkunduwiga le secrétaire général de la Communauté islamique du Burundi. Les musulmans représentent 10 % de la

El Hadj Haruna Nkunduwiga

population du pays estimée à plus de huit millions d’après le recensement de 2008.

« La fille prend la moitié de la part du garçon parce que la femme hérite de ses parents, de son mari et de ses enfants», explique l’El Hadj en tirant sur sa longue et épaisse barbe  noire. « Les musulmans devraient cesser de s’entraccuser devant les kafri ou non-croyants. Nos juges, les kadhw, sont là pour départager les croyants sur des problèmes de  succession selon les principes du saint coran » raconte Haruna.

« La femme, c’est pour faire des enfants »

Le muezzin appelle à la prière de midi à la vaste mosquée Kadhaffi du quartier asiatique. Le quinquagénaire Seff Yusef alias Memba se déchausse et fait ses ablutions dans un coin. Il n’a pas la même compréhension que ses chefs religieux.

« La femme c’est pour faire des enfants. Ma richesse doit revenir à ces enfants. Si je meurs, leurs mères pourraient se remarier. Elles n’auraient droit qu’à une pension alimentaire de soudure » dit cet ancien joueur d’Inter FC. Il est aujourd’hui père de sept enfants nés de deux lits.

Le coran autorise la polygamie, selon ce leader religieux, à lutter contre le vagabondage sexuel, le phénomène de plusieurs « bureaux » et des enfants de père inconnu et de mère incertaine comme les « procréent en désordre  les non croyants ».

La loi devrait tenir compte de la polygamie

Des enfants jouant dana la cour á Buyenzi

« L’Etat burundais devrait tenir compte de cette réalité sociale qui n’est pas seulement l’apanage des musulmans ».

Le juge Nigane compulse un gros recueil bleu des textes légaux en Kirundi et déplore en souriant n’avoir pas de lois nationale sur la succession. Il est donc obligé de se référer aux instruments juridiques internationaux.

Ce juge président explique avoir rencontré des conflits fonciers dus à la polygamie dans d’autres juridictions de la capitale. « Les générations anciennes la pratiquaient pour des raisons économiques, les  actuelles le font par prestige ».

*Nom changé par la rédaction

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